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FIN + American Association of Teachers of French (AATF)

Christian Gaujac, French in Normandy, recently attended the 92nd annual convention of the American Association of Teachers of French (AATF) held July 14-17, 2019, in Philadelphia. He has been working for more than 30 years in FLE is in now in charge of partnerships in his school. Christian was an active participant as an exhibitor in this unique gathering of over 300 French teachers from around the U.S. and from several other countries. Participants in the convention were able to learn about the history of Philadelphia and its relationship to France through lectures and presentations as well as numerous excursions. In addition, there were over 120 workshops and sessions on the teaching and learning of French and the cultures of the Francophone world.

The AATF, founded in 1927, is the largest national association of French teachers in the world
with nearly 9500 members. It is organized around 70 local chapters and governed by a national
Executive Council of 18 members. National Headquarters are located in Marion, Illinois. The
AATF publishes the French Review and the National Bulletin and holds an annual convention
which alternates between sites in Francophone countries such as Canada, France, and also in the
U.S. Its award-winning Web site [www.frenchteachers.org] contains a multitude of information
and materials of interest to French teachers at all levels. The AATF also sponsors the National
French Contest and National French Week (Nov. 4-10, 2019).

Formation de formateurs: Une perspective actionnelle pour le français au Monténégro


L’enseignement par les tâches répond-t-il aux besoins des enseignants de français dans les Balkans ?



Un ciel cérulescent sur une mer d’azur aux reflets turquoise dessine les contours de rochers déchirés qui se glissent en douceur sous ce voile que paraît être l’Adriatique, à ma droite. À ma gauche, ce sont les sommets enneigés des Alpes dinariques qui renvoient la lumière du soleil pour découper l’horizon.  La splendeur de la côte monténégrine est difficile à décrire. Quelques kilomètres de routes et la roche ocre et tannée, persillée de conifères odoriférants, se métamorphose en blocs superposés de granits usés, habités ça et là d’arbustes au feuillage chatoyant déjà des rougeurs multiples d’un automne qui semble pourtant encore lointain au voyageur d’Europe du Nord que je suis, tant l’air est doux et embaume la Méditerranée. Crna Gora, les Montagnes Noires, qui ont donné leur nom à ce pays.

Je ne soupçonnais pas ma chance quand j’ai été invité par l’association des professeurs de français du Monténégro, je ne soupçonnais pas le cadre dans lequel j’allais être reçu ; depuis ma chambre d’hôtel, un paysage sorti d’un film de Frederik Rossif.

L’équipe au grand complet des organisateurs et des membres de l’APFM est d’une vaillance prodigieuse. Les conditions du déploiement – ou devrais-je plutôt dire du maintien – de l’enseignement du français dans ce petit État yougoslave, indépendant depuis 2006, sont en effet particulièrement ténues. La lutte des langues y a toujours été vivace, évidemment. Autrefois à l’interface des empires austro-hongrois et ottoman, lieu d’intérêt géopolitique et de villégiature des empires napoléonien et russe également, les habitants du Monténégro ont toujours dû tantôt sourire et tantôt grogner, tantôt se soumettre et patienter afin de pouvoir, enfin, se révolter, pour que survive leur identité joyeuse, noble, indéfiniment mélancolique et, surtout, résolue à être. Qu’il est complexe, également, d’avoir en partage avec ses voisins une même langue (le serbo-croato-bosnico-monténgrain… mais pourquoi diable ne pas l’appeler tout simplement le « jezst », la langue ?) et, pourtant, de ne pas constituer le même peuple. La période yougoslave, qui avait su les rassembler sous la botte de Tito, y avait partiellement réussi. Une nostalgie de cette réussite fédérale est perceptible, mais que personne n’ose affirmer désirer revivre, car le spectre totalitaire n’inspire vraisemblablement aucune des âmes éprises de liberté que j’ai pu rencontrer à Rafajlovici.

Aujourd’hui, alors que la principale opportunité professionnelle des jeunes paraît de plus en plus se réduire soit au tourisme, soit à l’émigration, les choix faits par les responsables en terme de programme d’éducation aux langues se tournent, donc, essentiellement, vers ceux, parmi les idiomes des voisins, qui pourront permettre d’accueillir et de vendre du service, ou bien alors d’ouvrir la porte d’une émigration organisée et prometteuse d’une carrière véritable et d’une vie apaisée. Sur ce plan-là, notre voisin germanique, qui a bien conscience de son besoin d’aspirer les cerveaux bien formés des pays satellites de l’Europe et plus pauvres, ne masque pas un instant sa volonté de ratisser dès les bancs du collège. Et puis les Russes sont les plus nombreux sur les plages et dans les boîtes de nuit. Pour le français, l’image – et l’héritage – aristocratique paraît avoir de plus en plus de mal à faire son effet, la tendance du siècle étant manifestement au pragmatisme de l’urgence.

Ce n’est pas sans fierté, cependant, que les professeurs de français du Monténégro parlent de leur grand roi Nikola II, francophile engagé, qui fit venir de l’hexagone médecins et autres ingénieurs, pour faire sortir son pays du moyen âge post-ottoman et l’ouvrir au monde des échanges des biens et des idées.

C’est ainsi que, en recherche d’une manière d’enseigner plus efficace et saisie par la puissance pédagogique des propositions de l’approche neurolinguistique auxquelles elle a pu s’initier lors de notre stage de juillet 2017 à French in Normandy, une enseignante particulièrement impliquée dans l’APFM m’a invité à me joindre à leur congrès annuel avec ma panoplie usuelle de propositions pédagogiques. La thématique de ces rencontres, toutefois, avait été décidée avant même qu’on me sollicite. Suggérée par l’Insititut Français, premier collaborateur et aide précieuse aux actions de l’APFM, il s’était donc agi de faire le point sur la « perspective actionnelle ». La chose ne m’est pas étrangère, puisque je m’étais appliqué, avec toute l’équipe de l’Institut Français de Tokyo, de 2007 à 2011, à la mettre en place méthodiquement et à l’adapter au terrain d’enseignement où j’œuvrai alors (nous avions même organisé des GEP dans cette perspective, échanges et analyses de pratiques sur la base de films de classe en 2010). Mais bien sûr, près d’une dizaine d’années après son apparition et le retour de tentatives faites aux quatre coins du monde, je ne pouvais pas faire connaître le projet « d’approche actionnelle », ses théoriciens et ses concepts clés, sans amener mes stagiaires à l’envisager sous un angle critique (ce que nous avions nous-mêmes fait, avec Jean-Philippe Rousse et Gaël Crépieux, quand nous avions conçu Interactions, qui reprend tout des recommandations concernant l’approche par compétence du Conseil de l’Europe, en évitant soigneusement de l’adosser à un jargon encore à la mode, à cette époque, au moment de sa parution, et surtout, pour nous pédagogiquement flou et conceptuellement totalement praxéologique).   

J’ai fait de mon mieux pour faire comprendre l’enjeu de l’engagement d’une perspective actionnelle dans les classes, du développement du plurilinguisme et du pluriculturalisme, ce projet du Conseil de l’Europe auquel, d’ailleurs, j’adhère intégralement. Il ne pouvait de toute façon que résonner fortement aux oreilles monténégrines, où un écho des bombardements pas si lointains dans le temps sur les Républiques proches est encore perceptible. Mais je ne peux m’empêcher de me demander, après nos séances de travail, si les réflexions menées sur les « tâches » et autres « projets » de classe, leur dimension « d’agir social », « réels » ou « réalistes », correspondent comme cela le devrait aux préoccupations de terrain des enseignants qui sont, comme partout – mais peut-être avec un peu plus d’urgence ici – de donner envie aux apprenants de participer dans la classe de français, d’y venir avec la joie au ventre, de réussir à leur faire utiliser aisément notre langue française avec un phrasé adéquat et précis. J’espère donc que les flèches lancées en direction de l’approche méthodologique canadienne qui a été évoquée leur donneront l’envie d’en savoir plus et, qui sait, me donneront une nouvelle fois l’occasion de revoir les chatoiement suaves du soleil reflété par la mer Adriatique et d’écouter une nouvelle fois les voix magiques de ces magnifiques professeurs des Balkans chantant à l’unisson.



 

Où l’approche neurolinguistique a passé un CAP (Congrès Asie Pacifique)


Du 20 au 24 Septembre 2017, le IVe CAP (Congrès Asie Pacifique) de la FIPF s’est tenu à l’Université de Kyoto et à l’Institut français du Japon-Kansai. Un moment charnière dans l’évolution de l’enseignement du FLE.



Congrès Asie PacifiqueFrench in Normandy est, à ce jour, la seule école de France a avoir porté un intérêt à l’Approche Neurolinguistique.
Elle a embauché ces deux dernières années trois enseignants formés à cette approche, les seuls à la pratiquer dans toutes l’Europe jusqu’à maintenant. Sans avoir mis en œuvre une réforme intégrale ou brutale de ses pratiques pédagogiques, elle encourage l’adaptation progressive  et contextualisée des stratégies d’enseignement proposées par cette méthodologie, initialement élaborée au Canada, puis qui a essaimé en Chine et se développe actuellement de plus en plus au Japon, en Colombie ainsi qu’en Iran.

J’avais été à l’origine de la première formation initiale, complète, à la fois théorique et pratique, à cette approche – désignée sour l’acronyme ANL – au Japon, en mars 2015. C’est à ce titre que j’ai été sollicité, il y a quelques mois, pour intervenir au quatrième congrès de la Fédération Internationale des Professeurs de Français pour la zone Asie, à y présenter l’état actuel de mon travail concernant ce domaine, que je mène en collaboration avec le Dr Steeve Mercier de l’université Laval, et à participer à une table ronde sur les difficultés relatives à l’adoption de ce « nouveau paradigme » pédagogique.Congrès Asie Pacifique

Les cinq journées qui viennent de se dérouler, dans le magnifique cadre de l’université de Kyoto et de l’Institut
Français de cette même ville, auront fait  battre mon cœur à plus d’un titre. Tout d’abord, parce que les Congrès Asie Pacifique de la FIPF sont un évènement majeur pour la diffusion de la langue et de la culture de France, évidemment, mais aussi parce que c’est au travers de ces congrès que j’ai perçu, il n’y a pas loin d’une dizaine d’année, l’ampleur et l’enjeu de la diversité des langues française et des cultures francophones. Il y a, lors de la rencontre des enseignants de langue de pays aussi variés que l’Australie et le Vietnam, l’Inde et la Mongolie, la Nouvelle-Zélande et la Corée (pardon pour la longue liste des pays participants que je ne peux prendre la peine d’énumérer dans ces quelques lignes), quelque chose d’extraordinaire qui se joue pour notre idéal de paix mondiale. Au travers des échanges d’idées et de pratiques pédagogiques, au travers de débats, parfois acerbes, les esprits s’éclairent d’idées lumineuses. Une averse de ces petits moments d’intercompréhension où les différences culturelles se trouvent dépassées par la passion pédagogique qui nous relie.

Les incompréhensions, toujours possibles avec ceux dont on ignore tout, sont convertis en un accès à l’altérité. Malgré les coutumes et les postures liées à la fonction et à la nation d’appartenance, tous tendent la main et l’oreille pour se dire et se comprendre. Le type d’évènement, donc, qui trace le sillon d’un avenir un peu plus optimiste que celui qui nous est quotidiennement présenté par les médias grands publics. 

Congrès Asie PacifiqueLe Congrès Asie Pacifique de la FIPF a fait battre mon cœur parce qu’il s’est tenu au Japon, pays où j’ai passé un tiers de mon existence, pays qui a guidé ma démarche intellectuelle durant le double de temps, avec lequel je me suis marié mais qui, s’il fait définitivement partie de mon foyer, est actuellement géographiquement éloigné pour moi. J’étais donc très heureux que ce magnifique évènement francophone se tienne dans ce pays unique à tout autre pour moi, et aussi très fier que le Japon m’ait invité à me joindre à lui à cette occasion, à Kyôto, la capitale impériale, splendide incarnation urbaine de l’esthétique traditionnelle nippone. On ne pouvait souhaiter un espace plus resplendissant pour les retrouvailles de ces Lumières francophones du grand est.

Enfin, ce CAP FIPF me paraît marquer un tournant dans l’histoire de l’enseignement des langues ou, à tout le moins, pour l’enseignement du FLÉ/FLS, car, depuis un peu plus de 9 ans que j’ai découvert l’approche neurolinguistique, je dois dire que, pour pragmatique que soit son orientation et empirique que soit sa démarche, c’est bien la première fois qu’elle n’est plus évoquée en terme de curiosité pédagogique mais bien présentée comme une perspective essentielle et à prendre en compte pour répondre au besoin actuel d’un enseignement efficace des langues. Le Cadre Européen de Référence pour les Langues est dans tous les esprits désormais. Nous autres enseignants de langue savons où nous devons mener nos apprenants. Le « quoi » apprendre ne fait plus guère difficulté. Mais le « comment » l’enseigner continue à poser des problèmes. Faire non pas seulement apprendre des langues mais bien les acquérir, au sens de développer une habileté à communiquer réellement, avec aisance et précision, voilà l’enjeu. C’est pour moi, à n’en pas Congrès Asie Pacifiquedouter, parce que les propositions de l’ANL répondent à ces préoccupations des enseignants que nous avons pu assister, lors du congrès de cette année, à plus de dix présentations portant sur les techniques pédagogiques des praticiens de cette approche, puis à la table ronde extrêmement constructive portant sur « les difficultés d’implantation de l’approche neurolinguistique en milieu asiatique » qui aura clôt les échanges.

L’assemblée des enseignants, des universitaires et des institutionnels rassemblés y ont en effet dégagé l’idée que, pour ceux qui auront choisi une démarche scientifique, s’appuyant sur une théorie de l’acquisition empiriquement fondée et prônant l’évaluation des résultats des stratégies d’enseignement, il n’est plus temps de se préoccuper des difficultés liées à des oppositions de principe, de posture ou d’organisation : désormais, il devra s’agir d’analyser les contraintes propres à tout cadre éducatif afin de pouvoir tirer profit, là où on enseigne, des résultats enthousiasmants du FI (Français Intensif), mouture initiale de l’approche développée au Canada, et actuellement toujours modèle des dispositifs ANL qui ont pu se développer aux quatre coins du monde.

En bref, l’intérêt grandissant manifesté pendant ces cinq jours dans les discussions et les demandes de formation pratique qu’on m’a faites pour cette méthodologie, qui aura vingt ans l’année prochaine, témoigne que, manifestement, l’ANL a passé un cap !

Olivier Massé
Kyoto, Japon